Championnats du monde de dirigeables, aéroport de Dole - Jura, du 13 au 18 juillet 2010

 

LE DIRECTEUR DES VOLS

Le directeur des vols des Championnats du monde de dirigeables 2010, Pit Thibo, nous a accordé une interview afin d'en savoir plus sur ce milieu si particulier et de nous dévoiler quelques infos sur cette neuvième édition.

Pit Thibo, directeur des vols
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IDENTITE

Nom : Thibo
Prénom : Pit
Nationalité : Luxembourgeoise
Organisateur des premiers championnats du monde de dirigeables et directeur de course
Participation à 9 championnats du monde et 7 championnats d'Europe de montgolfières

Présentez-moi votre parcours dans le domaine de l’aérostation et plus généralement dans l’aéronautique ?
C’est de famille ! Mon père m’a offert mon premier vol en avion en 1949 à l’âge de 6 ans. Mais j’ai aussi eu la chance d’habiter juste à côté d’un aéroport où je passais la plupart de mon temps. J’ai commencé avec l’aéromodélisme puis j’ai passé une licence de planeur ultralight. Quand j’ai découvert les montgolfières, ce fut comme un défi pour moi. En effet, elles sont beaucoup moins contrôlables qu’un avion.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce milieu si particulier ? Qui vous a donné envie d’en faire partie ?
Lorsque que j’ai connu le dirigeable, j’en ai acheté un tout de suite. Avec un sponsor nous l’avons exploité, il était seulement le deuxième de sa série à avoir été construit. Ce qui m’a permis de participer au développement technique de cet engin. Son niveau était extrêmement basique et ça m’intéressait de trouver des solutions et de contribuer à la progression de la construction des dirigeables. Ce qui m’a également attiré dans le dirigeable c’est son coté écologique, léger et peu exploité du fait des accidents mortels qu’il avait provoqué. Heureusement, la technologie a évolué et les derniers modèles disposent de nouvelles fonctions : avant pour la direction on tirait sur des cordes, aujourd’hui c’est électronique. Nous entrons dans une nouvelle ère de développement de la technique.

Quelles sont les différences les plus significatives entre une montgolfière et un dirigeable ? Les sensations à bord sont elles les mêmes ?
Comme son nom l’indique, un ballon dirigeable se dirige. Mais les différences vont quand même un peu plus loin. Le dirigeable possède un moteur à hélice qui le propulse et qui lui permet de remonter le vent. Cependant, même si le dirigeable est capable d’aller à une vitesse de 30 km/h, il fera du sur place si le vent est de 40 km/h. La montgolfière, elle, est une masse relativement importante et inerte alors que le dirigeable a une maîtrise très pointue et pas facile. Ceci dit, il n’y a aucun pilote de dirigeables qui ne soit pas un expert en montgolfière ! Le dirigeable est un chapitre à rajouter à notre expérience qui demande plus de travail et de concentration. On se sent aussi libre dans les deux cas. Par contre, lorsqu’une montgolfière rentre dans une masse d’air nous n’avons aucune sensation de vent puisque c’est elle qui nous transporte. Le dirigeable, lui, traverse les masses d’air comme un ULM, un avion, le vent s’oppose à nous. Il y a une autre petite différence relative au vol. La montgolfière vole latéralement alors que le dirigeable, qui est un engin plutôt long, subit des ascendances qui font lever ou piquer du nez l’appareil. C’est un navire des airs impressionnants !

Quelles sont les qualités à posséder pour être un bon pilote de dirigeable ?
D’abord il faut avoir une bonne condition physique, ça demande beaucoup d’efforts et un grand pouvoir de concentration. Les commandes sont assez complexes : vous activez l’engin avec deux manettes, vous avez une pédale qui sert à chauffer l’appareil et une troisième commande pour le remplir de gaz. Et, de surcroît, quand vous êtes en compétition vous devez réussir vos épreuves qui consistent à suivre des caps, trouver des cibles, déposer des marqueurs dans divers endroits. Le public ne se rend compte des difficultés qu’avec l’épreuve des cibles, car à cet instant, il ne regarde plus le dirigeable mais le pilote qui s’agite pour essayer de manipuler l’appareil de façon très précise. Piloter un dirigeable demande un grand pouvoir de coordination, de concentration et de stratégie.

Pour atteindre un bon niveau, à quelle fréquence doit-on s’entraîner ?
Les pilotes qui sortent vainqueur des épreuves s’entraînent beaucoup. On exige un minimum de 50h de vol avant de les faire participer. Il ne faut pas oublier que les vols en compétition durent en moyenne plus d’1 heure. Il est donc nécessaire de s’exercer 3-4 mois avant, en reproduisant les épreuves, pour être prêt. Ceci dit, c’est différent pour ceux qui ont déjà concouru à des championnats.

Expliquez nous un peu les différentes épreuves des championnats du monde de dirigeables 2010 :
La chose essentielle à savoir pour comprendre la spécificité de ces engins, est qu’ils sont gonflés à l’air chaud et propulsés par un moteur de 20CV à 50CV selon le modèle.
- Le slalom : à peu près tout le monde connaît ce terme. L’épreuve consiste à passer entre des poteaux ou des portes le plus rapidement possible.
- Le cross-country : d’une distance de 15 à 20 km, elle exige que les pilotes réalisent le meilleur temps tout en rejoignant des cibles où ils doivent placer des marqueurs le plus près du centre. C’est un exercice à la fois de vitesse et de précision qui demande une grande stratégie.
- Les pylônes : c’est une course impressionnante. On donne le départ et les pilotes doivent aller chercher, à pied, un objet prédéfini à l’avance. Une fois l’objet trouvé, il retourne à leur dirigeable maintenu chaud par l’équipage et prêt à décoller. Démarre ensuite une course avec un nombre de tours à effectuer.

Cette année nous atteignons un nombre record de participants. Selon vous, d’où vient cet engouement pour la neuvième édition des championnats du monde de dirigeables ? 
Il y a plusieurs raisons qui expliquent le record de participants. D’abord, il existe un grand nombre de dirigeables en Europe. Faire ce championnat du monde en France est très agréable du point de vue distance de ralliement. L’autre raison est qu’il y a eu une recrudescence au niveau de la construction de dirigeables. Ce sont des modèles qui ont de meilleures performances. Avant, il y avait beaucoup de pilotes mais peu de dirigeables, et depuis deux ans leur nombre a doublé en Europe (de 30 à 60 dirigeables). De nombreux progrès ont été faits dans plusieurs domaines (sécurité, contrôle, qualité,…) ce qui dans l’ensemble fait que s’est devenu un engin très praticable. Et le développement continue ! Une équipe française va venir avec un dirigeable électrique qui a peu de chances de réaliser un exploit mais de part son caractère unique sera la « star » des championnats du monde.

Le mot de la fin …
Ce qui me tient à cœur, est que j’ai toujours trouvé dans tous les endroits où je me suis rendu un accueil cordial et très ouvert. C’est compliqué de parler aux gens de dirigeable lorsque nous ne sommes pas devant, mais il y a cette ouverture d’esprit qui permet de surmonter ces barrières. Pour l’instant cette discipline est relativement exceptionnelle, et je pense que les gens d’ici ont une certaine chance de pouvoir accueillir ces championnats du monde de dirigeables. Aussi, je voudrais remercier toutes les personnes qui ont participé ou qui vont participer à la réalisation collective de ce projet.

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